Vers une privatisation de la Française des jeux ?

Depuis des mois, la question agite les sommets de l’Etat. Face à l’ouverture prochaine du marché intérieur des jeux d’argent en ligne, faut-il ou non ouvrir le capital de la Française des Jeux? cette question a semble-t-il été tranchée: c’est oui. C’est le ministre du Budget Eric Woerth qui doit l’annoncer ce matin en conseil des ministres dans une communication sur les modalités de l’ouverture prochaine du marché des paris sportifs et hippiques et des jeux d’argent en ligne. «Afin de pouvoir se développer dans des conditions similaires à ses concurrents sur ces nouveaux marchés, est-il écrit dans un document que s’est procuré Libération, la Française des Jeux devra adapter sa stratégie, son organisation et sa gouvernance. L’Etat va engager dans ce contexte une réflexion sur l’évolution de l’actionnariat du groupe.»

Calendrier serré. La formulation est un peu vague mais le sens du propos parfaitement clair. La troisième loterie mondiale, la première ressource de l’Etat dans les jeux d’argent (loteries, PMU, casinos) avec 2,7 milliards d’euros de recettes fiscales dégagées en 2007, devrait être partiellement privatisée. Selon nos informations, cette ouverture qui fait l’objet de toutes les convoitises devrait intervenir très rapidement, à l’automne. Au moment même où le projet de loi précisant le nouveau cadre concurrentiel des paris sur la Toile hexagonale arrivera en discussion au Parlement. Un calendrier serré pour permettre dès la mi-2009 de délivrer des agréments aux nouveaux opérateurs du jeu en ligne, les Bwin, Unibet ou encore Sportingbet déjà présents sur le Web français bien qu’illégalement au regard de la loi actuelle – et bien décidés à damer le pion à cet opérateur historique.

C’est l’Elysée qui aurait décidé, contre l’avis plus mitigé des services de Bercy, d’ouvrir vite le capital de cette société chasse gardée des anciens du Trésor et du Budget. L’Etat qui en détient 72 % – le reste du capital appartient pour 5 % au personnel et à d’anciens émetteurs de loteries – en céderait environ 20 % au privé afin de rester majoritaire avec 51 %. Outre les quelques centaines de millions d’euros qu’elle rapporterait – la FDJ est évaluée entre un et quatre milliards d’euros selon les différentes projections de développement du jeu en ligne d’ici 2012 -, il s’agit pour l’Etat de muscler le très lointain héritier de la première loterie française instituée par François Ier dans la perspective de l’arrivée d’une concurrence inédite pour la société. «Rolls». Avec son gigantesque réseau de 40 000 points de vente, deux fois le réseau de la Poste, la Française des Jeux est une machine très bien huilée. Elle réalise un chiffre d’affaires annuel de plus de 9 milliards d’euros et compte plus de 25 millions de joueurs, accros au Loto, au Keno et autres Rapido. «Une Rolls du jeu d’argent, reconnaît, admiratif, un concurrent. La Française s’est certes un peu endormie mais sa position monopolistique en fait une très belle mariée. La FDJ, c’est une rente».

Pour la première fois depuis une quinzaine d’années, la société a cependant accusé une baisse de son chiffre d’affaires, en recul de 1,8 % en 2007. Une soudaine sagesse des Français envers les jeux d’argent où les mises n’ont cessé d’augmenter les vingt années précédentes pour atteindre 170 euros par an et par habitant en 2007 ? La faute à Internet qui viendrait ringardiser la grille cochée au bar-tabac où l’on ne peut même plus fumer ? Pas vraiment. Ce tassement est essentiellement dû au succès paradoxal de l’EuroMillions, qui a vu augmenter le nombre de ses adeptes mais avec une mise moyenne en baisse. Permettant à la FDJ de gagner plus d’un million de nouveaux joueurs l’an dernier.

Championne des jeux de tirage et grattage, elle n’en demeure pas moins un nain dans les jeux en ligne, unanimement considérés comme l’avenir du secteur. A peine 1,6% de ses recettes et 148 millions d’euros en 2007 même si 1,1 million de Français se sont déjà inscrits sur sa base de données de jeux en ligne. Un mailing qui vaut déjà de l’or. D’où l’idée de privilégier, plutôt qu’une aléatoire entrée en Bourse, une «alliance stratégique» avec des investisseurs capables d’apporter à la société son expertise dans les nouveaux médias mobiles et l’Internet. Des casinotiers aux opérateurs télécoms en passant par des groupes de médias comme TF1 ou Lagardère, les candidats ne manquent pas.

A la Française des jeux où l’on tiendra – hasard du calendrier ? – un conseil d’administration demain après-midi, on se dit «serein» dans l’attente de cette double ouverture du marché et de son capital, persuadé qu’il s’agit là «d’une opportunité pour s’affirmer comme l’acteur de référence du jeu en ligne français». Contrainte ces derniers temps de modérer ses ardeurs dans le développement de l’offre Internet et de ses jeux les plus addictifs comme le Rapido afin de ne pas mettre la France en porte-à-faux avec Bruxelles -«La Française a été gérée rênes courtes» reconnaît-on dans l’entourage d’Eric Woerth -, la société fourmille de projets, dont un site de poker à l’étude avec Patrick Bruel. Elle promet qu’elle sera «fin prête» à l’automne et s’en remet pour le reste «aux décisions de l’Etat-actionnaire» en cette unique semaine de l’année comportant un vendredi 13.

Source : Liberation.fr

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Posted under Casino by Poker & Casino on Friday 13 June 2008

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